Réverbérations - Étude 8
CCN Grenoble x STUDIO FICTIF
Dans ce corps-à-corps avec une batterie, Aina Alegre consacre une nouvelle étude au geste du « martèlement », depuis toujours au cœur de son écriture chorégraphique. Portée par les témoignages de musiciennes, projetés en fond de salle, elle déploie une énergie punk et survoltée.
Baguettes rose fluo entre les doigts, Aina Alegre, comme prête pour le combat, s’élance dans un duo / duel avec une batterie. Tantôt avec une énergie punk et fiévreuse, tantôt jouant de l’effacement et du mystère, l’interprète démultiplie les relations possibles avec cet instrument, démultipliant par la même occasion les potentiels symboliques du verbe « battre ». Sur scène, elle est bien moins seule qu’il n’y paraît : cymbales, caisses et toms dessinent eux aussi un corps. Projetés sur le mur en fond de salle sous la forme d’aphorismes rock, des témoignages de musiciennes font, eux, bruisser l’espace d’une voix contestataire plus collective. La force percussive devient ici la bande-son d’une révolte sous-terraine contre le système patriarcal et ses injustices.
Réverbérations est la 8e étude que l’artiste consacre au « martèlement », action, mouvement mais aussi « geste racine » au cœur de son écriture, aussi chorégraphique que musicale. Collectant des pratiques, des danses et des récits à travers l’histoire, différents territoires, cultures, et métiers, la codirectrice du CCN de Grenoble les met en partage sous la forme de performances pensées in situ, comme des archives vivantes et vibrantes.
« Dans mon travail, le geste du martèlement et de la frappe revenait souvent. Il y a dans ma danse un besoin intrinsèque de produire du rythme ou du son avec le corps, et d'aller chercher le support nécessaire. Généralement c’est le sol. Mais il y a d'autres possibilités…. Je suis allée rencontrer des personnes qui pratiquent différentes formes de martèlement, dans la danse, mais aussi dans l'agriculture par exemple, et d'autres gestes de travail. J'ai rencontré, des interprètes qui effectuaient des danses catalanes , notamment avec des bâtons. Je me suis également entretenue avec ceux qui exécutent des danses populaires basques et recueilli des récits de musiciennes batteuses dont les témoignages sont projetés. J’ai imaginé ce projet comme un duel entre l'instrument et moi-même. Il fallait donc que je me confronte à lui, que je travaille sur comment faire corps avec lui, comment l'apprivoiser, comment faire duo, comment le battre dans le sens percussif du terme, et comment la danse peut produire le son, puisque c'est une danse qui se fabrique avec l'instrument… » — Aina Alegre


