Cinéma

La Nuits des femmes

Film de Kinuyo Tanaka

Au Japon, à la fin des années 1950, un centre accueille des prostituées afin de les amener à se réinsérer dans la société, la prostitution étant devenue illégale. L’une d’elles, pleine d’espoir, va se heurter à bien des désillusions.

Il est tentant d’établir un parallèle entre la Japonaise Kinuyo Tanaka et l’Anglo-américaine Ida Lupino. Toutes deux eurent d’abord une carrière d’actrice fournie (plus que cela dans le cas de Tanaka : de 1924 à 1976, elle joua dans quelques deux cents cinquante films !) chez les plus grands cinéastes de leur temps (entre autres Dwan, Walsh, Wellman, Ray, Lang, Siegel, Aldrich, Peckinpah pour Lupino, Mizoguchi, Ozu, Naruse, Gosho, Shimizu, Kinoshita, Kurosawa pour Tanaka) ; toutes deux furent les seules femmes, dans leurs pays respectifs, à diriger des longs métrages de cinéma dans les années 1950 ; toutes deux, enfin, n’eurent la possibilité d’en tourner que six (plus un septième, tardif, dans le cas de Lupino). La Nuit des femmes est l’avant-dernière réalisation de Tanaka. On y trouve certaines des caractéristiques du cinéma japonais des années 1960 : une belle utilisation du noir et blanc sur écran large ; une franchise dans l’évocation de certaines réalités et violences sexuelles très en avance sur le cinéma occidental ; l’accent mis sur le thème de la prostitution, laquelle occupe une place toute particulière dans l’imaginaire social, moral et politique de la société japonaise. Le talent particulier de Kinuyo Tanaka, secondée par la grande scénariste Sumie Tanaka, se signale par sa façon d’inscrire des questions très contemporaines et moralement complexes dans une forme élégamment (mais jamais tièdement) romanesque, avec ce mélange de recul et d’empathie à l’égard des personnages, cette juste distance toujours renouvelée qui est une marque des véritables cinéastes.
Jean-François Buiré

Kinuyo Tanaka

Kinuyo Tanaka fut une actrice mythique de l’âge d’or du cinéma japonais, qui a tourné dans plus de 200 films, devant la caméra d’Ozu, de Naruse (qui la révèle à l’étranger avec La Mère, sorti en France en 1954). Kenji Mizoguchi lui confie des rôles de femmes engagées, à la personnalité complexe. Plusieurs chefs-d’œuvre naissent de cette collaboration, notamment Les Contes de la lune vague après la pluie. En 1953, elle décide de passer à la réalisation dans une industrie qui ne compte aucune femme cinéaste. Elle rencontre alors une violente levée de boucliers de la part de ses mentors (en particulier Mizoguchi). Elle y parvient finalement avec l’aide du jeune studio ShinToho, de son fidèle ami Yasujiro Ozu. Kinuyo Tanaka tourne six films, résolument libres, parfois provocants, et place les femmes en figures de proue de son cinéma, qu’elles soient maîtresses, prostituées, poétesses, héroïnes ou victimes des tourments de l’Histoire.

samedi 29 janvier - 20h30
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La Nuit des femmes
Film de Kinuyo Tanaka
Avec Chisako Hara, Akemi Kita, Chieko Seki
Japon | 1961 | 1h33 | VOST
Version 4K inédite restaurée par Toho Co., Ltd. réalisée à partir du négatif original du film
Distribution : Carlotta Films

LUX diffusera une rétrospective des films de Kinuyo Tanaka à partir du 16 février 2022