
Guêpes, grenouilles et monstres
Création musicale et numérique, par la harpiste Aurélie Saraf, sur une musique d’Alexandros Markeas, GUÊPES, GRENOUILLES ET MONSTRES est une performance utopique pour harpiste parlante inspirée d’Aristophane et de l’actualité socio-politico-économique.
Sur le plateau trois écrans sont disposés à même le sol. La harpiste déambule entre ces écrans. Une voix off la guide. Elle s’arrête devant le premier. Son image apparaît comme le reflet d’un miroir. Un duo musical étrange s’engage entre le direct et le virtuel.
D’abord strictement synchrone, l’image se dissocie et s’éloigne progressivement. Deuxième écran et deuxième face à face entre la musicienne et son double. La voix off prend vie, devient visage, sa présence entre dans l’écran et dans l’espace.
Du minimalisme à l’effet de masse créé par la vidéo, la virtuosité des timbres et des modes de jeu ainsi que l’énergie débordante nous entrainent vers une poétique de l’excès. Les grands thèmes d’Aristophane entrent en résonance avec la société actuelle. Il s’agit à travers Guêpes, grenouilles et monstres de porter une parole politique dans un registre sensible et burlesque.
Guêpes, grenouilles et monstres
— Par Benoît Thiberghien, fondateur du festival Les Détours de Babel
« Non, ce n'est pas un spectacle naturaliste sur la vie des insectes et autres batraciens…
Mais le titre empreinte au bestiaire des comédies d'Aristophane, satires sociales et politiques mordantes de son époque.
Le compositeur grec Alexandros Markeas et la harpiste Aurélie Saraf puisent dans l’œuvre du poète grec de l’antiquité l’esprit subversif de l'irrévérence pour la transposer dans le monde d’aujourd’hui.
Trois thèmes privilégiés d’Aristophane, trois types de révolte (féministe contre le pouvoir patriarcal, citoyenne contre les élites, travailleuse contre ceux qui confisquent la richesse) constituent la trame de la dramaturgie volontairement éclatée de ce spectacle musical hors-norme.
Il se présente comme une cantate décalée où se confondent musique instrumentale et électroacoustique, images projetées, narration, critique sociale et méditation philosophique.
Sur scène, quatre harpes et leur double numérique projeté sur écran constituent le cadre de l’action. La musicienne parcoure la scène d'une harpe à l'autre, d'un univers sonore à l'autre, où se succèdent et se confondent peu à peu sa présence réelle et son image projetée, dans un jeu de miroirs éclatés où s’échappe son double algorithmique.
Elle s’empare de ses quatre instruments amplifiées et transformés, expérimente librement des variations de jeu et de timbres empruntant au monde du rock ou des musiques contemporaines, entre écriture éclatées et polyrythmies vertigineuses.
Et sans cesse, l’image la scrute, la poursuit, la diffracte d’un écran à l’autre, ouvrant de nouveaux espaces poétiques sensibles.
Au cœur de cet univers musical, la harpiste devient comédienne, dialogue avec son double, prête sa voix à des textes puissants, à la fois poétiques et radicaux sur les dérives du monde d'aujourd'hui.
Alors, cet acte de révolte artistique devient lui-même la réponse évidente à la question posée par la comédienne-musicienne à l’IA au début de la représentation sur le rôle que peut jouer l'artiste dans un monde à la dérive, qui semble si dérisoire face à la violence et l’injustice du quotidien.
« Jamais tu ne feras qu’un crabe marche droit » disait Aristophane ».









