Sous le soleil de Satan
Menou-Segrais, curé doyen d’un petit village du Nord, a pris sous sa houlette l’abbé Donissan habité par une quête d’absolu mais aussi par le doute à assumer sa vocation. Il rencontre Satan une nuit et accable Mouchette, une jeune meurtrière.
On a reproché au cinéaste de s’être trahi, d’avoir abandonné son réalisme en transposant ce chef-d’œuvre avec trop d’application. Cette pesanteur, au contraire, qui écrase les êtres et les paysages, permet à Pialat d’instiller une violence sourde, dévastatrice. La campagne du Nord se transforme en chaos de glèbe et de chaux, en univers silencieux où s’affrontent le bien et le mal, la foi et le doute. La torpeur fantastique se déchire parfois comme une lourde tenture, laissant entrevoir la figure tragique de Mouchette (sublime Bonnaire), vouée à la damnation. Depardieu incarne un abbé éperdu et fruste, comme encombré de Dieu. Humblement, il se drape d’ombre, et suggère cet étonnant paradoxe : c’est dans la grisaille du monde que peut éclore la grâce, loin du soleil trompeur de Satan. Cécile Mury, Telerama