Photographie et cinéma
Les collections du CNC livrent leurs trésors. Pour cette première séance, rencontre avec les précurseurs du cinéma et découverte de deux films sur la photographie, en écho à l’exposition Au plaisir du photographe, dont un burlesque rare de Max Linder.
Avec :
Vues pour Praxinoscope — Emile Reynaud (France | 1877 | 6 min.)
Reconstitution animée sur pellicule 35mm de bandes dessinées (format original des bandes: 66x5,5 cm) par monsieur Émile Reynaud pour son praxinoscope.
Autour d’une cabine — Julien Pappé (France | 1986 | 5 min.)
Pantomime. Deux cabines sur une plage à la Belle Epoque. Des enfants sautent d’un promontoire et se baignent dans la mer. Des mouettes survolent le paysage. Un couple se promène. L’homme entre dans une cabine pour se mettre en costume de bain. Un autre homme survient et entreprend de faire la cour à la femme seule. Celle-ci entre dans la deuxième cabine pour se changer. Le galant tente de regarder par les interstices pour voir la belle. C’est alors que le mari sort de sa cabine et surprend l’impudent. Il lui flanque un coup de pied au derrière. Le voyeur s’en va et le couple part se baigner. Pendant ce temps, l’homme revient et se cache dans la cabine pour surprendre la femme. Mais quand le couple revient, il se fait attraper et pousser à l’eau. Un bateau arrive. Quand il déploie sa voile, il est écrit dessus: "la représentation est terminée".
Le cinéma a 100 ans — Philippe Truffaut (France | 1995 | 6 min.)
Le cinéma fête ses cent ans prenant comme repère "La Sortie des usines" des frères Lumière réalisé en 1895. Cependant, Muybridge dès 1878, Marey dès 1890, Demenÿ dès 1891 ou Edison dès 1894, sont tous des scientifiques qui ont réalisé des films pour étudier le mouvement.
Étienne-Jules Marey — Joël Farges (1979)
Ce court métrage documentaire retrace les recherches d’Étienne-Jules Marey (1830-1904), physiologiste français qui consacra ses travaux à l’analyse du mouvement. À l’aide de dispositifs photographiques qu’il invente, notamment le fusil chronophotographique, Marey décompose les gestes et rend visibles des phénomènes imperceptibles à l’œil nu. Dans sa station physiologique, il étudie aussi bien la locomotion humaine que les déplacements des animaux, le vol des oiseaux et celui des insectes. En montrant comment la photographie permet de décomposer puis de recomposer le mouvement, Joël Farges met en lumière l'importance de ces recherches scientifiques dans la genèse du cinéma. Le film inscrit ainsi Marey parmi les précurseurs essentiels du cinématographe, dont les travaux ont contribué à rendre possible l’enregistrement du mouvement par l’image.
Le Voyage de Gulliver à Lilliput et chez les Géants — Georges Méliès (1902)
Adapté du roman Les Voyages de Gulliver de l’écrivain irlandais Jonathan Swift, Méliès transforme le récit littéraire en spectacle visuel, fondé sur l’illusion et l’émerveillement. Grâce aux trucages, aux jeux de perspective et à la surimpression, il fait coexister dans une même image des personnages de tailles radicalement différentes. Le film témoigne de son savoir-faire de magicien-cinéaste et de sa capacité à exploiter le cinéma comme un art de l’imaginaire. Certaines versions ont été coloriées à la main, image par image, selon une pratique artisanale alors utilisée par les ateliers de la Star-Film.
Éclipse de soleil en pleine Lune — Georges Méliès (1907)
Avec ce film, Méliès détourne un phénomène astronomique réel pour en faire une fantaisie burlesque et poétique. Les astres anthropomorphes, les trucages et les changements d’échelle transforment le cosmos en scène de théâtre. L’éclipse devient une rencontre amoureuse entre le Soleil et la Lune, mêlant science, sensualité et humour. Le film illustre la manière dont Méliès utilise les effets spéciaux pour donner corps à l’impossible et faire du cinéma un art de l’illusion.
Sculpteur moderne — Segundo de Chomón (1908)
Avec ce film, Segundo de Chomón exploite le procédé de la prise de vues image par image, qui permet de donner l’illusion que la matière se transforme et se déplace spontanément. L’alternance entre plans larges et rapprochés, les voiles qui dissimulent les transformations et la mise en scène frontale rappellent un numéro de magie présenté sur une scène. Le film joue aussi sur le contraste entre la sculpture, traditionnellement immobile, et le cinéma, capable de lui insuffler le mouvement.
Max fait de la photographie — Max Linder (1913)
Ce court métrage illustre le comique de situation caractéristique de Max Linder : un élégant personnage de la vie moderne, sûr de lui en apparence, se retrouve piégé par ses propres maladresses. Le ressort comique repose sur le décalage entre ce que Max croit comprendre et ce qui se passe réellement, ainsi que sur l’exploitation de l’espace de la plage et du hors-champ. Le film joue également sur un sujet alors très contemporain : la photographie comme pratique de loisir, mais aussi comme intrusion dans l’intimité d’autrui.
L’Aviation française sur le front — Réalisateur inconnu (1915)
Ce document cinématographique témoigne de l’engagement de l’aviation française sur le front pendant la Première Guerre mondiale. Il s’inscrit dans une période où les avions deviennent des outils militaires essentiels, notamment pour observer les positions ennemies, recueillir des renseignements et contribuer au repérage des objectifs d’artillerie. Les images d’aviation de cette époque documentent à la fois l’évolution des appareils et la place grandissante de l’observation aérienne dans la conduite des opérations.


