Cinéma

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

Cadet d’eau douce

Film de Charles Reisner et Buster Keaton

FILM RESTAURÉ

Sur le Mississipi, une rivalité sans merci oppose deux bateaux à vapeur, l’ancien et le moderne. Le capitaine du premier, William Canfield dit « Steamboat Bill », apprend que son fils, qu’il n’a pas vu depuis très longtemps, vient le rejoindre. Malheureusement, le fils n’est pas à l’image que son père s’en faisait…

Seul film de Keaton dans lequel le père de son personnage a une importance réelle et même cruciale (comme le suggère son titre original : Steamboat Bill, Jr.), Cadet d’eau douce reflète sans doute les liens à la fois forts et difficiles du cinéaste avec son propre père, qui fit du petit Buster un « enfant de la balle ».

Le meilleur exégète de l’œuvre de Keaton, Jean-Pierre Coursodon, rappelle que « la séquence du cyclone, peut-être la plus spectaculaire de l’œuvre de Keaton, faillit ne pas exister. Le film devait se terminer par une inondation, mais au dernier moment, alors que le tournage était déjà commencé, le producteur Joseph Schenck demanda un changement, estimant que cette catastrophe naturelle dans une comédie risquerait d’incommoder les spectateurs. On ne sait pas exactement qui suggéra de substituer un cyclone à l’inondation, toujours est-il que personne ne vit d’objection à cette autre catastrophe naturelle, pourtant elle aussi fort meurtrière dans certaines parties des États-Unis. On ne saurait déplorer le changement imposé, car on voit mal comment une séquence d’inondation aurait pu surpasser, ou même égaler, la splendide utilisation que Keaton fit de son cyclone. »

Au cours de cette séquence, Keaton reprend une idée qu’il avait utilisée dans deux courts métrages, mais à une moindre échelle : la façade d’une maison s’écroule sur son personnage, l’épargnant au dernier moment grâce à une providentielle fenêtre située à sa hauteur. Il expliqua : « Il n’y avait que huit centimètres d’espace entre le cadre de la fenêtre et mes fenêtres ou mes épaules de chaque côté. La façade, sans exagérer, pesait deux tonnes. Il avait fallu la construire lourde et rigide pour empêcher le vent de la déformer. C’est le genre de chose qu’on ne fait pas deux fois. »

L’historien Kevin Brownlow fait remarquer que juste avant que le tournage de ce plan quasi suicidaire, Keaton avait appris qu’aux lourds problèmes conjugaux qui l’affectaient à ce moment de sa vie venait s’ajouter une déconvenue qui allait lui coûter ce qui lui était le plus cher, à savoir son indépendance artistique ; son beau-frère et jusqu’alors producteur, Joseph Schenck l’avait « vendu » à la puissante compagnie Metro Goldwyn Mayer. — JF Buiré