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Le saviez-vous ?

Devant et derrière la caméra
Cette anglaise piquante aurait pu se contenter de tout miser sur sa présence magnétique et son physique étourdissant. Mais entre deux prises, Ida Lupino commence à s’intéresser de très près au travail des techniciens et surtout du réalisateur, le seul selon elle à être constamment dans l’action. Elle qui endossa plus d’une centaine de rôles au cinéma et réalisa six longs métrages de 1949 à 1953, devint la seule actrice de la grande époque du cinéma américain à être devenue réalisatrice.

Pionnière du cinéma indépendant américain
Ida Lupino fonde en 1949, avec son mari, sa propre société de production indépendante, The Filmakers, afin de porter des projets singuliers et à petit budget, comme les grands studios ne peuvent les concevoir. Précision documentaire, naturalisme et économie de moyens, le cinéma d’Ida Lupino va ainsi explorer avec sensibilité les problématiques de la classe moyenne américaine. Un regard de femme libre incontestablement, sans manichéisme, comme dans l’étonnant Bigamie (1953), chronique d’un homme secrètement marié à deux femmes, et dont elle est l’une des interprètes.

Le tournage de Avant de t’aimer
En 1949, c’est dans la peau d’une productrice qu’Ida Lupino s’attelle à l’écriture de Avant de t’aimer (Not Wanted), dont elle souhaite confier la réalisation à Elmer Clifton. Mais à quelques jours du tournage, Elmer Clifton est victime d’un infarctus. Elle saisit alors cette malheureuse opportunité pour se lancer derrière la caméra et se retrouve aux commandes d’un film au sujet sulfureux et d’une folle audace pour l’époque : le parcours tragique d’un fille-mère dans une Amérique ultraconservatrice.

Premier film noir signé par une femme
Ida Lupino se révèlera dans la production de quelques perles du film noir, à commencer par Une femme dangereuse, signé du grand Raoul Walsh. Dans ce film hybride, entre polar et film social, plongée dans l’univers des chauffeurs routiers et de la working class, elle incarne une meurtrière par amour, rendue folle par une passion non partagée. Dans un registre plus névrotique que sensuel, elle détourne l’image traditionnelle de la femme fatale calculatrice, au profit du portrait d’une femme victime de ses sentiments. Nourrie de son expérience d’actice dans le cinéma de genre , elle signera en 1953 Le Voyage de la peur, premier film noir réalisé par un femme, et tourné en plein désert.

Réalisatrice pour la TV
En 1954, quand sa société de production indépendante fait faillite, Ida Lupino poursuit sa carrière de réalisatrice pour la télévision, où elle dirigera jusqu’en 1968 des épisodes de séries cultes comme Ma sorcière bien-aimée, La Quatrième Dimension, Alfred Hitchcock présente (A Crime for Mothers par exemple), Le Fugitif, Les Incorruptibles. Pionnière là encore, à une époque ou les séries télévisées n’avaient pas atteint le noble statut quelles connaissent aujourd’hui.

Figure oubliée de l’âge d’or hollywoodien
Cinéaste oubliée (pourtant la seule de l’âge d’or hollywoodien), cette héroïne des temps modernes, cette Wonder Woman de l’industrie cinématographique, est l’une des grandes figures oubliées des récits consacrés à l’âge d’or hollywoodien, et dont la filmographie n’a jamais été aussi pertinente qu’aujourd’hui.

L’insolente féministe de Hollywood
Si Ida Lupino est aujourd’hui considérée comme une pionnière de l’histoire du cinéma américain à bien des égards, c’est avant-tout parce qu’elle fit preuve d’une opiniâtreté sans faille pour mener, à l’écran comme hors-champ, un combat féministe chevronné contre les stéréotypes véhiculés par toute une industrie dirigée exclusivement par des hommes.

#MeToo
La place des femmes dans l’histoire du cinéma n’intéressait personne jusqu’à aujourd’hui. Méconnue du grand public, il a fallu attendre le mouvement #MeToo pour que certains commencent à se pencher sérieusement sur des parcours féminins – tels que celui d’Ida Lupino – comme les cinéastes pionnières du XXe siècle.