Cinéma

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

Zombie

Film de George A. Romero

FILM RESTAURÉ

Alors que l’épidémie s’est généralisée, un groupe de survivants se réfugie dans un centre commercial et tente d’empêcher son invasion de hordes de zombies…

Malgré le succès de La Nuit des morts-vivants, George Romero ne pensait pas lui donner de suite. Mais après quelques films moins chanceux dont Martin, l’une de ses plus grandes réussites, il revient en 1978 (soutenu par le réalisateur italien de films d’horreur Dario Argento) à ce qui va donner lieu à une « saga des zombies » : trilogie (de 1968 à 1985), puis hexalogie (de 2005 à 2009). Au sens strict, Zombie n’est d’ailleurs pas vraiment une suite — seuls les deux derniers volets de la série entretiendront une véritable continuité narrative. C’est le moins qu’on pouvait attendre d’un cinéaste venu de la publicité, mais (sans doute par le fait même) porté sur une critique acerbe du consumérisme américain, qu’il n’ait pas réellement créé une « franchise commerciale », au sens où cette expression s’est imposée au cinéma ces vingt dernières années… Comme le souligne Jérôme Larcher, tous les films « gore » ne relèvent pas du même cynisme : « On a mis dans le même sac (d’os) l’ignoble Cannibal Holocaust et le magnifique Zombie, comme si le fait de montrer du sang à gogo, des chairs et des viscères éventrées, rendait tous les films gore égaux. »

De La Nuit des morts-vivants à Zombie, on passe de la contre-culture au désenchantement politique, du noir et blanc à la couleur, de la miniature enragée au film d’action à gros moyens, de la petite maison isolée au supermarché. « La mise en scène de la terreur passe par multiplication des zombies, et surtout par leur sortie de l’ombre. Suprême corruption de la symbolique protectrice de la lumière, ils se meuvent à présent en plein jour. Cette masse omniprésente est d’autant plus dangereuse que ses buts sont dérisoires : c’est avant tout par « instinct de consommation » que les morts assiègent le centre commercial », écrit Vincent Avenel. Jean-Sébastien Chauvin ajoute : « Lorsqu’on se demande ce que les morts-vivants viennent faire dans ce centre, un personnage a cette réponse significative : « L’instinct, le souvenir de leurs habitudes, cet endroit tenait une place importante dans leur vie. » Au-delà de la critique acerbe de la société de consommation, il se dégage de cette rencontre une dimension mélancolique et désenchantée. Les pantomimes désincarnées des morts-vivants dans les espaces aseptisés du centre commercial ont quelque chose de dérisoire, en porte-à-faux avec ce lieu de vie moderne. »