LUX SCÈNE NATIONALE

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

Sherlock Junior

Film de Buster Keaton

FILM RESTAURÉ

Un projectionniste s’endort dans sa cabine. Son double rêve pénètre dans l’écran pendant la projection, et y trouve les membres de son entourage transformés en personnages de film…

Croisement du rêve et de la mise en abyme, Sherlock Junior est un des films les plus complexes de Buster Keaton. La scène où Buster pénètre dans l’écran tient du génie : entré dans le film, le personnage fait l’expérience du montage cinématographique, qui donne le sentiment d’une continuité narrative entre les espaces et les lieux qu’il juxtapose. Mais en l’absence de récit unifiant, le corps de Buster devient le seul élément de continuité, « raccord vivant » passant à vue d’un décor à un autre (ville, montagne, jungle, désert, océan, etc.). Comme l’écrit Jean-Pierre Coursodon, « cet investissement de l’écran par le héros fut l’idée de départ du film. On retrouve là une démarche caractéristique du héros keatonien : même s’il rêve, il reste actif et conquérant. » Keaton a eu beau expliquer que cette scène, alors que le procédé de la « transparence » n’était pas encore au point, a été rendue possible par l’utilisation précise d’instruments de mesure, une stricte continuité du cadrage d’un plan à un autre et une parfaite maîtrise corporelle de sa part, son exécution et sa réussite restent encore aujourd’hui mystérieuses.

Jacques Lourcelles a évoqué certains gags du film : « Sur une trame d’une audace stupéfiante et tranquille, Keaton pique quelques gags d’essence surréaliste extrêmement spectaculaires ; par exemple, le gag de la porte du coffre-fort ouvrant sur la rue l’emporte en efficacité et en magie sur les meilleurs moments du Chien andalou et de L’Âge d’or. » Et James Agee conclut par la notation suivante sa description de la fabuleuse scène où Buster, juché (sans trucage) sur le guidon d’une moto dénuée de conducteur qui file à vive allure, tente de venir en aide à sa bien-aimée : « Toute cette séquence est aussi nette que la trajectoire d’une balle de fusil. » — JF Buiré