Cinéma

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

Orphée

Film de Jean Cocteau

Poète aussi célèbre que méprisé, Orphée retrouve la passion de son art après avoir rencontré deux émissaires du monde des morts, la Princesse et son chauffeur Heurtebise. Il délaisse son épouse aimante, Eurydice, pour écouter sans relâche les étranges messages que diffuse, sur une onde inconnue, la radio de la Rolls d’Heurtebise…

Transposition libre du mythe antique d’Orphée dans la France de 1950, aux nombreuses notations renvoyant à l’esprit de cet après-guerre : mort brutale et absurde, messages radiophoniques ésotériques à la façon de Radio Londres (« le crêpe des petites veuves est un vrai déjeuner de soleil »), empire de la bureaucratie et du judiciaire jusque dans le monde des morts, nouvelle mode culturelle agressive (Saint-Germain-des-Prés, représenté dans le film par Juliette Gréco). Du mythe, Jean Cocteau retient surtout la figure du poète, en un portrait parfois à charge : Orphée se signale par son narcissisme, sa fascination pour sa propre mort et le souci de son inspiration chancelante, au détriment d’une Eurydice dont seul Heurtebise, l’ange des enfers, apprécie les vertus. Conte cinématographique ayant la netteté d’un rêve éveillé, avec des réminiscences précises du Nosferatu de Murnau et de merveilleux trucages qui relèvent d’une enfance de l’art fantastique, Orphéetémoigne de cette verve à la fois fiévreuse et légère qui fait le prix du style de Cocteau, grandement aidé par ses acteurs dont Maria Casarès et François Périer en interprètes du duo infernal — et bien sûr Jean Marais, beau comme un dieu grec. Le miroir à trois faces qui, dans le film, constitue une porte entre le monde des vivants et celui des morts, est le plus inoubliable de l’histoire du cinéma. On ne pouvait attendre moins de l’homme auquel on doit ces deux aphorismes : « Les miroirs sont les portes par lesquelles entre la mort : regardez-vous toute votre vie dans un miroir et vous verrez la mort travailler sur vous » et « Le cinéma, c’est la mort au travail » ! Jean-François Buiré