Cinéma

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

La Nuit des morts-vivants

Film de George A. Romero

FILM RESTAURÉ

Les morts revenant à la vie pour se nourrir des vivants, un groupe de personnes « saines » se retrouve enfermé dans une maison, en proie aux assauts des zombies…

La Nuit des morts-vivants fut produit loin de Hollywood, dans la région de Pittsburgh où George Romero travaillait, avec un groupe d’amis co-producteurs qui prirent en charge diverses fonctions sur le tournage. Réalisé en noir et blanc et caméra à l’épaule, selon un style réaliste qui oscille entre film d’aventure classique, série B, film d’exploitation et cinéma-vérité, le film sort aux États-Unis le jour de l’assassinat de Martin Luther King, dans un contexte socio-politique chargé dont les auteurs du film étaient conscients — conscience qui se traduit par un rejet systématique des conventions du genre fantastique, une âpreté et un pessimisme très énergiques et une audace visuelle dans la représentation organique (malgré le noir et blanc, le film préfigure le cinéma « gore », montrant franchement les choses tout en les stylisant).

Financièrement, il rapporta cinquante fois son budget de départ (certes fort modeste) ; cinématographiquement, il eut une influence décisive sur plusieurs des réalisateurs de films fantastiques des vingt années suivantes (Tobe Hooper, Wes Craven, John Landis, Sam Raimi) ; culturellement, même s’il eut quelques ancêtres (dont White Zombie de Victor Halperin, Vaudou de Jacques Tourneur, L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel mais aussi Freaks de Tod Browning), il imposa une figure appelée à une longue descendance, celle des zombies cinématographiques, objets de répulsion, paradoxes rythmiques (bien que faibles, stupides et surtout très lents, ils finissent toujours, par la logique du nombre et de l’instinct, par vous rattraper et vous assimiler à eux), pures « forces qui vont » (pour prolonger la citation d’Hernani de Victor Hugo, en la paraphrasant : « agents aveugles et sourds de mystères funèbres, âmes de malheur faites avec des ténèbres ») et métaphores ouvertes. — JF Buiré