Cinéma

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

La Belle et la Bête

Film de Jean Cocteau

Un soir qu’il revenait à son foyer, le père s’égara et trouva refuge dans une demeure enchantée qui lui offrit dîner et repos. Alors qu’il repartait, il cueillit une rose pour Belle, déchaînant le courroux du seigneur des lieux resté jusqu’alors invisible. Un être fabuleux mi-homme mi-bête, qui le condamna soit à mourir soit à lui livrer une de ses filles. Ainsi commence le conte qui mettra la Belle en présence de la Bête, lui révélant du même coup l’irrésistible et mystérieuse puissance de l’amour.

La Belle et la Bête reste l’un des films qui illustrent le mieux la magie du cinéma. Ce qu’un autre grand poète du 7ème art (Jean Epstein) nommait si justement  l’animisme du cinéma. Le film réalise admirablement l’envoûtement poétique, onirique, dans lequel fusionnent réel et irréel, monde imaginaire ou fabuleux et monde concret. À travers ses images, comme celles du Magnifique, par exemple, qui nous font simultanément admirer l’élégance racée, le dressage parfait d’un beau coursier, et vivre le transport de Belle par ce nouveau Pégase, dans un univers ou démons et merveilles se confondent comme dans les rêves ou les croyances enfantines. Ce retour au  » bain lustral de l’enfance  » auquel fait appel le cinéaste pour se et nous replonger dans l’univers d’une poésie spontanée, immédiate, intuitive dont les secrets ou les mystères deviennent familiers, limpides, irrigue tout le film. Nous croyons au miroir qui  » réfléchit pour nous  » si on  » réfléchit pour lui « , aux statues muettes mais vivantes qui accompagnent du regard les hôtes du château. Nous ressentons enfin l’attraction magnétique (cf. son regard) qu’exerce la Bête sur Belle. Parce qu’elle est à l’image des désirs les plus secrets, archaïques, enfouis dans un inconscient qui se révèle ici sous une forme faussement naïve et mythologique. Désirs qu’un Georges Bataille éclaire aussi d’une autre façon dans L’Erotisme, ceux d’une fusion totale qui abolit la finitude de l’être.